Non, le trait poitevin n’est pas un cheval du passé  – 01/03/2014 – La Nouvelle République Deux-Sèvres

 

 Non, le trait poitevin n’est pas un cheval du passé  – 01/03/2014 – La Nouvelle République Deux-Sèvres.
D’ordinaire, c’est accompagné de son trait poitevin que Michel Besson arpente les rues de Niort pour le ramassage d’encombrants. Hier, c’est avec sa mule poitevine Azia qui a défilé à Paris. – (Photos NR, Eric Pollet)

Le baudet du Poitou est toujours la coqueluche du Salon de l’agriculture. Dans son ombre, le trait poitevin est dans une situation jugée “ inquiétante ”.

Oh, regarde mon cœur, ça, c’est un trait poitevin. On l’utilisait autrefois à la campagne… Cette petite phrase, prononcée maintes fois par des visiteurs hier sous le pavillon 6 du Salon de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, a tendance à hérisser le poil d’Ophélie Lecampion. A Paris encore plus qu’ailleurs, l’animatrice de l’association races mulassières du Poitou, basée à Coulon, s’échine à dépoussiérer « l’image du passé » qui colle à la peau de cet animal rustique souvent dans l’ombre du sympathique et nonchalant baudet du Poitou.

La race célèbre ses 130 ans cette année

« Il y a eu une telle mobilisation autour du baudet qu’il est devenu une sorte de mascotte. Parmi les Picto-Charentais eux-mêmes, beaucoup ignorent tout de l’existence d’un cheval de trait poitevin, alors que la race célèbre ses 130 ans cette année ! » se désole Ophélie. « Il ne s’agit pas du tout d’un animal archaïque : il permet d’entretenir les territoires, présente un réel intérêt dans le travail de la vigne et est utilisé aujourd’hui pour le transport scolaire, comme à Vasles ou au ramassage d’encombrants comme à Niort. »
Plus que sa popularité auprès du grand public, c’est sa sauvegarde qui suscite aujourd’hui chez ses défenseurs une « réelle inquiétude » : seulement 61 poulains de race trait poitevin sont nés en 2013, alors qu’il en naissait le double en 2008. « Il faut remonter aux années 1980-1990 pour retrouver des effectifs aussi bas », commente Ophélie Lecampion. À l’origine de ces effectifs en chute libre selon elle, des éleveurs « découragés » par une succession de mesures et d’augmentations de charges : « La TVA passée à 20 %, l’équarrissage rendu payant, le désengagement de l’Etat vis-à-vis des Haras nationaux et la suppression de la prime de concours d’élevage, qui était un véritable soutien à cette biodiversité domestique. »
Comment promouvoir la race depuis les allées du Salon, où sont présents cinq traits poitevins mulassiers ? « En échangeant avec les éleveurs présents… et en essayant au moins de retenir son nom. »

nr.niort@nrco.fr

gregoire