Une Retraite aux petits oignons

Lors de l’achat d’un cheval ou d’un poney, alors que l’on explore ensemble
des kilomètres de nature, lorsqu’on arpente les terrains de concours,
pendant que l’on vit les plus belles années au côté de notre compagnon,
on n’y pense pas toujours.

Pourtant, inexorablement, le temps passe, et un jour survient le moment
d’un repos bien mérité pour votre compagnon à crins.

Voici quelques éléments pour offrir de belles années de retraite
à votre complice équin.

Prévoir

A l’instar de celle des humains, la retraite de nos équidés se pense, se réfléchit et se prévoit à l’avance.
Si tout se passe bien, votre compagnon ne va pas devenir un vieillard du jour au lendemain.
Le passage à la retraite représente donc avant tout une transition qui peut être très douce et progressive.

L’âge est évidemment un indicateur du moment où le temps du repos est arrivé, mais il n’est pas le seul. Des changements physiques, une baisse de forme, un moindre entrain, des problèmes de santé récurrents peuvent aussi être le signe que le moment est venu de lever le sabot et de s’octroyer un passage au vert !

Budget

Le prix de la pension ou des dépenses mensuelles que l’on fait pour notre compagnon équin tout au long de sa vie ne comprend malheureusement pas de cotisations-retraite !
Financièrement aussi, il est donc indispensable de prévoir un petit budget pour les vieux jours de notre fidèle destrier, budget qui viendra peut-être s’ajouter aux frais d’une éventuelle nouvelle monture.
Les dépenses nécessaires peuvent être extrêmement variables en fonction de la façon dont votre équidé vieillit. En effet, les frais engagés (vétérinaires, alimentaires etc.) varient non seulement d’un cheval à l’autre, mais pour un même cheval, d’une période à l’autre.

Quoi qu’il en soit, même en bonne santé, un cheval âgé coûte globalement plus cher d’entretien qu’un adulte en pleine force de l’âge.

Retentissements Physiologiques du vieillissement

Comme sur tous les êtres vivants, le vieillissement a des conséquences sur tout l’organisme du cheval, plus ou moins marquées suivant les individus.
A cet âge plus encore qu’à tout autre, on paye au centuple les erreurs et les carences alimentaires faites par le passé (et d’autant plus celles du jeune âge), ainsi que le travail monté fait trop jeune et trop intensivement. D’où l’importance fondamentale d’une nutrition optimale dès la naissance, y compris celle de la mère pendant la gestation et la lactation, et un travail mené dans le respect du développement physiologique et des capacités de chaque cheval.

  • L’aspect général :
    L'âge modifie la morphologie du cheval

    L’âge modifie la morphologie du cheval

    Certains signes morphologiques sont typiques du cheval âgé : salières creusées, blanchissement de la robe, ensellement, fonte musculaire, relâchement abdominal…
    Les mues peuvent être plus longues et difficiles, et les poils peuvent rester longs, même en été, nécessitant parfois un tonte de confort.

  • Le squelette :
    Sur des chevaux alimentés correctement tout au long de leur vie, on a relativement peu de problème de déminéralisation.
    En revanche, les problèmes d’arthrose, c’est-à-dire une usure anormale des cartilages articulaires, sont assez fréquents. Ceux-ci entraînent des troubles de la mobilité et des douleurs qui peuvent être importantes.
    Face à cela, il est possible de donner en cure des traitements anti-inflammatoires naturels de type harpagophytum ou curcuma, ou des anti-inflammatoires allopathiques en cas de périodes de crise importante. Il est également fondamental de maintenir un exercice physique et une mobilité quotidiens.
  • Les muscles, les ligaments, les tendons
    deviennent plus fragiles, et ce d’autant que le cheval a eu des carences minérales et vitaminiques pendant sa période de croissance. Les risques de claquages et de déchirures sont donc majorés, d’où le besoin d’adapter au mieux l’activité physique.
  • Le système reproducteur :
    Même si la fertilité diminue avec l’âge, l’appareil reproducteur chez les équidés est fonctionnel toute leur vie. La plus grande vigilance s’impose donc avec les juments à ne pas laisser à portée d’un entier, car les gestations et poulinages tardifs présentent beaucoup plus de risques pour la mère comme le poulain, a fortiori si la jument n’a jamais pouliné.
  • Le système respiratoire :
    Lorsque le cheval vieillit, son système respiratoire  a tendance à perdre progressivement en efficacité, d’où une baisse de capacité d’oxygénation des tissus et une diminution générale des performances. Adapter l’activité physique est donc indispensable.
    Par ailleurs, la sensibilité aux poussières et aux allergènes inhalés s’exacerbe également, et il est d’avantage fréquent de voir un vieux cheval développer des problèmes de toux allergiques qui peuvent rapidement se chroniciser.
    Lorsque l’équidé souffre déjà d’un emphysème (ou obstruction récurrente des voies aériennes), les crises peuvent devenir plus fréquentes.
  • Le système digestif :
    Avec l’âge, le système digestif perd en efficacité. Le péristaltisme général du tractus digestif diminue, ce qui a pour conséquence principale de ralentir le transit. Ce ralentissement peut être à l’origine de stases plus importantes accompagnées de fermentation, d’où des ballonnements et des émissions de gaz, voire de colique de stases dans les cas les plus graves.
    D’autre part, l’utilisation des nutriments se fait moins facilement, notamment au niveau des protéines et dans une moindre mesure au niveau des minéraux et des vitamines, d’où un possible amaigrissement et fonte musculaire.
    Enfin, le milieu intestinal a plus de mal à demeurer favorable au développement des bactéries cellulolytiques, d’où une digestion plus difficile des fibres.
    Il convient donc de prendre en compte ces différents phénomènes dans l’alimentation du cheval âgé, qu’il est fondamental d’établir avec le plus grand soin. Nous y reviendrons un peu plus bas.

Attention aussi à l’abreuvement ! Chez certains chevaux vieillissant, la sensation de soif s’amoindrit et ceux-ci boivent donc moins, s’exposant ainsi à tous les risques liés à la déshydratation (ralentissement du transit, montée de l’urémie, concentration des urines, retentissement neurologique etc .)

  • La dentition :
    Chez certains chevaux, le vieillissement entraine une dégradation majeure de l’état dentaire, voire une perte de la totalité des dents. Dans ce dernier cas, il devient alors indispensable d’adapter l’alimentation.

Mode de vie

Une retraite au vert, tout le monde imagine qu’il s’agit là de l’idéal rêvé par tout cheval.
La réponse est bien entendu plus nuancée.
Pour un cheval n’ayant connu que la vie en boxe toute sa vie, se retrouver du jour au lendemain au milieu d’hectares de pâture peut être vécu comme violent et perturbant.
Quoi que l’on choisisse, une transition en douceur est indispensable si le mode de vie de retraite est différent de celui du cheval « actif ».
Ceci dit, une retraite au pré au sein d’un groupe de congénères connus et sympas, avec des abris douillets, suffisamment d’espace, des zones confortables et sèches où se mettre en hiver, est généralement une bonne solution lorsqu’elle est possible.

Attention aux aménagements du type Paddock Paradise avec les chevaux âgés. Le concept préconisant de séparer les points d’alimentation et d’abreuvement afin de favoriser le mouvement peut être tout à fait déconseillé sur des chevaux sujets à des crises d’arthrose, de la fourbure, ou toute autre pathologie rendant la locomotion douloureuse et difficile. Pour ce type de chevaux, il est essentiel de conserver des accès les plus aisés possibles à l’eau et aux aliments.

Un hébergement en boxe uniquement n’est pas indiqué pour les chevaux âgés qui ont besoin de mouvement pour maintenir une mobilité et un état du système locomoteur corrects, spécialement lorsqu’ils ne sont plus montés du tout.
En revanche, avoir la possibilité de passer la nuit en boxe (idéalement d’une grande surface et permettant les contacts avec les voisins) pendant les périodes les plus froides peut être bénéfique, surtout pour un cheval âgé amaigri.

Dans le cas de « pension retraite », assurez-vous que les gérants ont réellement de bonnes connaissances du cheval âgé et des soins particuliers qu’il demande.
Au vu des attentions sanitaires et alimentaires que requiert l’équidé âgé, il est logique et cohérent que le prix de la pension de base soit plus élevé que pour un cheval plus jeune.

Soins

Tout problème de santé pouvant être plus long à guérir ou avoir de plus grave conséquences que sur un cheval plus jeune, le cheval âgé doit être l’objet de beaucoup d’attentions.

En cas de grand froid ou de froid très humide, et particulièrement si le cheval a perdu de l’état, il est bon de couvrir le cheval âgé, au moins la nuit, voire toute la journée en cas de froid intense.

Les pieds des chevaux âgés demandent une surveillance accrue

Les pieds des chevaux âgés demandent une surveillance accrue

 

Une attention majeure doit être portée à l’état des dents et des pieds , avec des contrôles réguliers par dentistes et podologues.

L’infestation parasitaire doit être maintenue autant que possible à un niveau raisonnable, avec un suivi accru de la vermifugation.

De la même façon, une grande attention doit être portée quotidiennement aux signes de maladies, aux troubles digestifs, aux fatigues inhabituelles, difficultés de déplacement etc.

Enfin, les pathologies particulières des équidés âgés type Cushing, de plus en plus fréquentes, nécessitent encore une surveillance et des soins particuliers qui demandent des connaissances spécifiques (que nous ne détaillerons pas ici).

Alimentation

Au vu des différentes conséquences physiologiques du vieillissement que nous avons détaillées plus haut, l’alimentation de l’équidé âgé soit s’adapter au ralentissement métabolique général.

Les recommandations nutritionnelles généralement admises sont :

  • Une légère diminution de la part des fibres, du fait d’une moins bonne digestion de la cellulose
  • Une attention particulière portée à un apport protéique légèrement augmenté et de qualité, notamment bien pourvu en lysine
  • Un apport adéquat en minéraux, oligo-éléments et vitamines

En pratique, cela consiste donc à portionner le foin (même si la base de l’alimentation demeure bien sûr fourragère) et à assurer une partie des apports par un concentré céréalier (sauf en cas de pathologie contraignant à limiter l’amidon) industriel  de type « Senior » ou fait maison avec une base d’orge et de tourteau de soja par exemple.
Dans le cas de la ration maison, l’ajout d’un Complément Minéral Vitaminé (CMV) est indispensable pour couvrir les besoins de votre papi équin.

Dans le cas de l’aliment industriel, le CMV peut être « intégré » dedans ou nécessiter un ré-ajustement.
Dans tous les cas de figure, on visera un rapport phospho-calcique d’environ 2.

Flocons de foin Muhldorfer, pour chevaux avec problème de dentition

Flocons de foin Muhldorfer, pour chevaux avec problème de dentition

Lorsque l’équidé âgé n’a plus de dent, les fibres peuvent être apportées par des succédanés defoin sous forme de gros flocons, de bouchons ou de cubes à mouiller avant distribution (type Flocons de Foin Heucobs Medium de chez Mühldorfer), permettant leur absorption facilement, avec peu de mastication.
Le pendant de cette solution est la diminution assez drastique du temps de mastication. Aussi est-il tout de même nécessaire de laisser du foin en brins à disposition, même si le cheval n’en fait que des boulettes qui ne sont au final pas ingérées, cela lui permet de mastiquer longuement, ce qui est indispensable à son bien-être.
La part de concentré peut être apportée par un aliment industriel sous forme de granulés mouillés formant une sorte de soupe. Certains chevaux édentés parviennent tout de même à mastiquer certains floconnés.

 

Occupations – Relations

Sur le plan psychologique, un cheval peut rester jeune dans sa tête pendant très longtemps.
D’autre part, il conserve ses besoins sociaux d’équidés toute sa vie, autrement dit de contacts avec des congénères.
Quand elle est possible, la vie en groupe est souvent le plus équilibrant pour les équidés à condition d’être attentif à leur composition. Ainsi, un seul équidé âgé au milieu d’un troupeau de jeunes risque d’avoir du mal à trouver sa place et d’être un peu trop bousculé par l’énergie débordante de la jeunesse.
Passé un certain âge, on aspire tout de même à un peu plus de tranquillité !

La relation à l’humain, particulièrement si elle a toujours fait partie de la vie du cheval, doit rester présente dans sa vie de retraité.

Les chevaux retraités gardent des besoins relationnels

Les chevaux retraités gardent des besoins relationnels

Retraite ne veut pas du tout dire inoccupation, encore moins abandon au fin fond d’un pré isolé, et il est important de faire perdurer des moments d’interactions avec l’humain, à travers des visites régulières, des séances de pansage-gratouilles, des balades en main, des séances de jeux…

Tant que son état physique le permet, il est également tout à fait bénéfique de continuer à monter votre fidèle compagnon. Il ne s’agit évidemment pas de dérouler une reprise de haute école, mais de petites promenades, voire quelques exercices d’assouplissement en carrière de temps en temps à un rythme tranquille et sur des durées courtes pourront avoir beaucoup de bienfaits aussi bien physiquement que moralement sur votre papi ou mamie.

 

En bref, pour la retraite de votre compagnon 

  • Éviter absolument les changements brutaux, que ce soit de lieu, de mode de vie, d’alimentation, de compagnons équins
  • L’Alimentation et les soins doivent être adaptés aux modifications physiologiques du vieillissement et doivent faire l’objet d’une attention toute particulière
    par des personnes compétentes
  • Les contacts sociaux avec ses congénères et les contacts humains doivent impérativement être préservés pour le bien-être psychologique de votre compagnon.
  • L’activité physique doit être maintenue autant que possible en tenant compte
    des capacités physiques de l’équidé.

 

Prendre soin d’un sujet équin âgé demande donc des connaissances
et compétences particulières quant au vieillissement de l’organisme équin.

Lorsqu’il n’est plus possible de partir plusieurs jours en randonnées, de réaliser des figures de dressage ou de sortir en compétition, c’est alors une autre relation qui se dessine et une complicité qui se renforce encore chaque jour, aidée en cela par les années parfois nombreuses déjà passées côte à côte.

Prendre soin de son retraité, c’est tisser au quotidien un lien de confiance unique avec un être qui vous connait aussi bien que vous le connaissez, c’est prendre le temps de vivre avec lui d’intenses petits moments de bonheur, c’est le remercier chaque jour pour tout ce qu’il vous a apporté tout au long de votre parcours ensemble,
et lui promettre que vous serez là, à ses côtés, jusqu’au jour de son grand départ.

Carole GEVAUDAN DEVAUX