Vous avez dit pension ?

Si vous êtes à la recherche du futur lieu de vie de votre équidé et que vous potassez avidement les petites annonces, peut-être êtes-vous tout comme moi pour le moins étonné par la multitude d’offres de pensions pour chevaux,
et parfois même par leur contenu.
Comment s’y retrouver ? Suivez le guide !

Monter une pension est relativement simple (enfin, pas plus compliqué que de créer n’importe quelle autre entreprise) et aucun diplôme ni aucune qualification particulière n’est exigé.
Aussi, la tentation est grande pour toute personne aimant les chevaux, ou ayant un bout de terrain dont elle ne fait rien, ou rêvant à amasser des fortunes,  de se lancer dans l’aventure.
Nombre d’entre elles finissent d’ailleurs par sauter le pas, sans toujours savoir ce dans quoi elles s’engagent, et sans avoir totalement conscience ni de la responsabilité qui va leur incomber, ni des nombreuses contraintes inhérentes à l’activité.

Même s’il est bien évident que je ne peux me vanter de la plus grande objectivité sur le sujet, je me permets tout de même de mettre en garde les propriétaires, et de les encourager vivement à recourir à une démarche et une réflexion construites quant au choix du futur lieu de villégiature de leur compagnon équin.

Voici en 12 points un petit guide personnel issu de nombreuses constatations, observations, écoute et « récupération » de chevaux venus « d’ailleurs », vous livrant quelques conseils pour vous y retrouver dans la jungle des offres qui fleurissent :

1) Rendez-vous sur place et rencontrez les responsables de la structure de visu. Échanger de vive voix est déjà le moyen de se faire, sinon une opinion complète, au moins une première impression. N’hésitez pas à passer à l’improviste, ou si vous voulez tout de même être sûr de ne pas vous casser le nez, à prévenir au dernier moment de votre passage pour une visite. Cela vous permettra de constater la vie quotidienne de l’écurie « dans son jus », sans que l’on vous ait donné rendez-vous juste après le curage total programmé des boxes, du remplissage des bacs d’eau au pré, de l’installation du round baller de foin tout beau tout neuf, du passage du maréchal etc .

2) Observer les animaux déjà présents, non seulement les chevaux, mais aussi les autres (chiens, chats, lamas…). Ce qui doit vous sauter aux yeux en premier lieu, c’est bien sûr l’état corporel général. La présence d’un cheval un peu maigrichon peut s’expliquer (il vient d’arriver pas trop en état, il a une pathologie particulière etc.), tout un troupeau un peu moins…
Ensuite, l’attitude des animaux est souvent représentative de l’ambiance générale, et du contact auquel les humains les ont habitués. En d’autres termes, si les animaux présents vous fuient ou vous montrent les dents systématiquement quand vous tentez une approche, ce n’est pas forcément bon signe…

3) Posez des questions, plein de questions, beaucoup de questions. Le fond comme la forme des réponses peuvent vous donner une idée du degré d’implication et de compétence du ou des gérants. Les passionnés aiment parler de leur passion et sont souvent intarissables sur le sujet, développant les réponses parfois bien au-delà de la question initiale. Des réponses trop évasives ou qui semblent gêner doivent aussi vous mettre la puce à l’oreille.

4) Les gens y pensent très rarement mais il est important de se renseigner sur l’aspect administratif de la structure : sous quel statut existe-t-elle (entreprise individuelle, GAEC, association etc.) ?
La pension pour chevaux est une activité professionnelle, et en tant que telle, doit être déclarée et, on ne le dira jamais assez, assurée.
En conséquence, un particulier qui reçoit une rémunération pour une pension qu’il ne déclare pas est dans l’illégalité. Et n’est bien sûr pas assuré.

5) Un contrat de pension écrit n’est pas une obligation légale, mais il est vivement conseillé ! Un accord tacite ne vaut que la parole de ceux qui le passent. Autrement dit, pas grand-chose dès lors qu’il y a litige.
Si le responsable ne le fait pas spontanément, n’hésitez pas à lui demander d’adjoindre au contrat de pension une copie de son attestation d’assurance prouvant la couverture de l’activité de « pensionneur d’équidés ».

6) Évidemment, le choix d’une structure se fait aussi en fonction des infrastructures et des prestations proposées. Si votre idée est de vous rendre à Lamotte-Beuvron l’année prochaine sur des barres à 1.20 m, oubliez l’écurie sans carrière et sans surface de travail couverte.
A contrario, si vous êtes adeptes des grands espaces et des interminables randonnées dans la verte nature, et que le sable de Fontainebleau vous intéresse seulement pour installer un transat, la pension avec accès direct aux chemins de balade a peut-être plus d’intérêt pour vous !

Dans tous les cas de figure, il est important d’évaluer la qualité des infrastructures : état des clôtures et sécurisation du ou des prés, système d’abreuvement, conception des boxes (dimensions, confort, possibilité de contacts entre les animaux…), qualité de la carrière (présence d’une couche drainante impérative dans nos contrées aux hivers pluvieux, sous peine de se retrouver avec une mare à canards impraticable 6 mois de l’année…), présence d’une douche correcte avec potence, présence d’une sellerie de taille suffisante etc.
La présence ou non d’un moniteur diplômé sur place (ou la possibilité d’en faire venir un facilement) peut aussi être un critère déterminant selon vos objectifs.

Enfin, la taille de la structure peut avoir son importance dans vos critères de choix, ainsi que le ratio nombre de soigneur / nombre de chevaux. Il semble tomber sous le sens qu’on ne peut apporter la même attention et les mêmes soins à 25 animaux qu’à 4 ou 5.

7) Restez réaliste et cherchez l’adéquation la plus judicieuse entre votre demande et votre budget. Inutile de passer une annonce de recherche demandant une structure avec des hectares, un manège olympique, 2 carrières, un rond de longe, un solarium, un palefrenier personnel par cheval, un masseur, un cireur de sabot,  pour une centaine d’euros par mois. Noël est passé depuis longtemps.

Comparez ce qui est comparable ! Faites le rapport entre le prix de la pension et ce qui est réellement proposé.
Par exemple, pour 2 structures équivalentes en termes d’infrastructures, la différence de prix peut provenir de l’alimentation. Il est évident qu’entre une pension ne comprenant que le foin (même à volonté), et celle proposant une alimentation personnalisée incluant fourrages, concentrés, compléments, le tarif ne peut pas être le même (du tout).
Il y a parfois des compromis à faire, mais le bien-être de votre cheval doit rester la priorité.

8) Puisqu’on en parle, l’alimentation est, à mon sens, un poste particulièrement fondamental (et qui pourtant semble peu intéresser la plupart des propriétaires…) car elle a un impact direct sur la santé et le développement  de votre compagnon à crins. Renseignez-vous sur le contenu des rations distribuées, leur rythme, leur fréquence, la façon dont elles sont élaborées, la qualité des produits utilisés etc.
Malheureusement trop peu de responsable de structure ont de réelles compétences en ce domaine.

9) Renseignez-vous bien sur ce qui est compris ou pas dans la pension proposée. Comment est effectuée la surveillance (notamment pour les pensions 100 % pré qui s’étendent parfois sur de très grandes étendues, voire avec des prés non attenants situés à plusieurs kilomètres), quels soins sont apportés (pansage, graissage des pieds, vermifuges etc.), quelles attentions particulières sont portées aux retraités, aux chevaux souffrants (oui, ça arrive)…
Le cas de la pension-travail est sans doute encore plus délicat, notamment avec les jeunes chevaux. Il faut être en adéquation avec la personne à qui vous confiez votre précieux loulou à propos des méthodes appliquées, de son approche du travail, et même du cheval en général. Soyez très clairs sur vos objectifs, quitte à les formaliser par écrit. Cela peut vous éviter de découvrir votre cheval travaillé en bride alors que vous êtes un adepte du sans mors…
Confier le travail de votre cheval à une tierce personne implique une grande confiance envers celle-ci, mais cela ne doit pas faire oublier l’importance de la communication, afin d’éviter tout malentendu.

10) Renseignez-vous également sur les différents professionnels qui interviennent dans l’écurie : vétérinaire, maréchal, podologue, ostéopathe, dentiste etc.
Même si vous payez une pension, vous restez bien sûr libres du choix des professionnels qui s’occupent de votre cheval. Cependant, si vous ne profitez pas du passage des professionnels habituels de la pension, celle-ci peut vous laisser vous débrouiller avec les prises de rendez-vous et l’accueil sur place.

11) Même si vous ne trouvez pas votre bonheur parmi les structures autour de chez vous, évitez de dénigrer sur les réseaux sociaux ou ailleurs « toutes les pensions aux alentours ». Vous n’allez pas vous faire que des amis… Et ce n’est pas parce que vous n’avez pas encore trouvé d’écurie réunissant les critères qui vous intéressent vous personnellement que celles qui existent sont mauvaises ou ne font pas du bon travail.
En revanche, si au cours de vos visites vous constatez des réels cas de maltraitance et / ou de mauvais traitements, signalez-le auprès des autorités compétentes.

12) Tous vos critères sont réunis, mais vous ne pouvez pas sentir le gérant de l’écurie… Choix cornélien !
La pension de votre un cheval est généralement un lieu où vous allez passer du temps, voire beaucoup de temps, il est donc très important que ce soit un endroit où vous vous sentiez à l’aise, et même bien !
Sans viser de devenir les meilleurs amis du monde, il est tout de même plus aisé d’avoir des rapports agréables et cordiaux avec la personne à qui vous confiez votre compagnon, et en tout cas que la communication entre vous soit facile.
Ne vous fiez pas uniquement aux avis d’autrui, notamment sur les réseaux sociaux. Bien sûr le bouche à oreille peut être une première indication, mais les avis étant toujours éminemment subjectifs, le mieux restera toujours de vous faire une opinion par vous-même, en vous affranchissant des a priori.

En bref, pas simple de s’y retrouver parmi tout ce qui peut vous être proposé, entre apprentis sorciers, grands-gourous-qui-savent-tout, curieux qui s’essaient à ce qu’ils croient être un filon en or (c’est bien connu, on devient riche avec les chevaux…), et vrais professionnels compétents et sérieux.

Aucun justificatif officiel ne pouvant attester des compétences du ou des gérants d’une écurie, il faudra vous fier aux différents critères évoqués ci-dessus… et à votre intuition !

L’art du bon choix sera de trouver le meilleur compromis entre le bien-être de votre compagnon, vos attentes et objectifs, et bien entendu (parce que c’est le nerf de la guerre), votre budget.
Déplacer son cheval et le changer d’environnement souvent n’est ni simple ni bon pour lui. Choisir la bonne pension pour vous deux d’emblée est donc l’idéal.

Bonne recherche !

Carole GEVAUDAN DEVAUX